
Elle a 24 ans, elle a grandi à Eyguières, entre les Alpilles et la Crau, et elle va dessiner une collection pour une enseigne de mode bien connue des Françaises. Manon Boric, créatrice de la jeune marque Abrahmi, a remporté le prix Caroll lors de la 30e édition du Festival de mode de Dinan. La Provence a raconté son parcours le 1er novembre. Une belle histoire pour la mode du Sud, et une collection capsule à surveiller dans les mois qui viennent.
Dinan, le festival qui repère les jeunes créateurs
Le Festival des jeunes créateurs de Dinan, en Bretagne, n’a pas le prestige médiatique des défilés parisiens, mais il a une longue habitude de repérer des talents. L’édition 2026 s’est tenue les 9 et 10 octobre. Selon FashionUnited, 487 candidats s’étaient présentés, dix finalistes ont défilé et neuf prix ont été remis.
Le Grand Prix est revenu à Émeline Rigault, sortie d’Esmod, pour une collection aux silhouettes théâtrales. Mais le festival se distingue aussi par la présence de partenaires très concrets : des marques et des distributeurs qui vendent des vêtements au grand public, et pas seulement des maisons de luxe.
Le soutien du groupe Beaumanoir
Le prix Caroll est porté par le groupe breton Beaumanoir, propriétaire d’une vingtaine d’enseignes de mode accessible, parmi lesquelles Caroll, Cache Cache, Bonobo, Morgan ou La Halle. FashionUnited souligne l’intérêt de ce soutien : offrir à de jeunes créateurs une porte d’entrée vers un prêt-à-porter abordable, à l’heure où beaucoup de consommateurs se tournent vers la fast fashion venue de l’étranger.
Pour Manon Boric, la récompense a une traduction très pratique. Elle aura l’occasion de dessiner une collection capsule pour Caroll. Le calendrier et le contenu de cette collection n’ont pas encore été annoncés.
Abrahmi, une marque née d’un souvenir de famille
Le nom de sa griffe n’a rien d’un nom de marketing. Il vient de sa grand-mère maternelle, qui lui a donné le goût de la couture. Dans La Provence, la créatrice explique que cette grand-mère représentait pour elle « la tolérance, l’ouverture d’esprit, la force de caractère et l’acceptation des autres », et qu’elle souhaite que son style reflète ces valeurs. Elle la décrit aussi comme une femme coquette, qui prenait soin de bien s’habiller.
La vocation est venue tôt. Toujours d’après le quotidien régional, Manon Boric savait dès le collège qu’elle travaillerait dans la mode. Après la troisième, elle a intégré une école à Marseille pour préparer un bac STD2A, la filière technologique consacrée au design et aux arts appliqués. FashionUnited précise qu’elle s’est ensuite formée à l’IFM, puis à l’AICP pour approfondir la technique.
Des matières naturelles et des volumes qui enveloppent
Ce qui a séduit le jury tient d’abord à l’allure des pièces. Abrahmi travaille surtout des matières naturelles, le lin et le coton biologique. Les vêtements jouent sur des volumes asymétriques et des étoffes qui enveloppent les épaules, le buste ou les hanches, à la manière d’une cape ou d’un cocon. FashionUnited parle d’un « tailoring déconstruit » : une coupe structurée, mais libérée de sa rigidité.
La palette reste minérale : sable, beige, gris, écru. Des couleurs qui renforcent l’impression de douceur et de confort. Liberté, confort et singularité : c’est ainsi que La Provence résume la vision du vêtement que défend la jeune créatrice.
Pourquoi ce prix compte pour la mode du Sud
On associe volontiers la mode provençale aux imprimés, au linge de maison et aux tenues d’été. Le travail de Manon Boric montre une autre facette : une création contemporaine, sobre, pensée pour le quotidien, qui puise dans des matières simples. Ce n’est pas un hasard si ses tons sable et écru font penser aux paysages secs des Alpilles. Elle a d’ailleurs présenté sa collection au salon du bien-être d’Eyguières, sa ville d’origine.
Le passage par un festival comme Dinan peut aussi accélérer une carrière. FashionUnited cite l’exemple de Julien Paoletti, lauréat du Grand Prix en 2025, qui a présenté ses collections à la Fashion Week de Paris en mars puis en octobre 2026. Une collaboration avec une enseigne grand public offre un autre type de visibilité : celle des portants de boutique, au plus près des clientes.
Ce que l’on peut attendre de la capsule
Rien n’a encore été dévoilé sur les pièces, les prix ou la date de sortie. Il serait hasardeux d’en dire plus. Une chose est sûre : le passage d’une petite marque artisanale, attachée au lin et au coton bio, à une enseigne de mode accessible sera un exercice d’équilibre. Il faudra garder la signature, ces volumes qui enveloppent et cette palette douce, tout en l’adaptant à une production plus large.
Pour celles qui aiment repérer les créatrices avant tout le monde, c’est un nom à noter. Et pour la mode du Sud, c’est la preuve qu’un talent formé à Marseille peut se faire remarquer bien au-delà de la Provence.
