
L’enseigne de prêt-à-porter féminin Devernois a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Roanne, avec trois mois de poursuite d’activité pour trouver un repreneur. À la veille de son centenaire, une marque de maille bien connue des femmes de plus de cinquante ans joue sa survie.
- Procédure ouverte le 4 novembre pour Devernois SA et sa filiale de distribution Sofrade.
- Une soixantaine de boutiques en propre et 160 salariés sont concernés.
- Les offres de reprise sont attendues dans le courant du mois de décembre.
Que s’est-il passé pour Devernois ?
Le groupe installé au Coteau, dans la Loire, s’est déclaré en cessation des paiements. Comme il bénéficiait depuis 2022 d’un plan de redressement sur dix ans, cette déclaration a entraîné automatiquement la liquidation, a expliqué son avocat, Me Nicolas Bes, cité par Le Figaro.
La décision n’arrête pas tout de suite l’activité. Trois mois pour convaincre un repreneur : c’est le délai accordé à l’ensemble, qui emploie 160 personnes. Les propositions doivent être déposées auprès des administrateurs judiciaires AJ UP et AJ Partenaires, et l’avocat de l’entreprise indique avoir déjà reçu des marques d’intérêt.
Cette dernière précision mérite d’être lue avec prudence. Aucun nom de candidat ne figure dans les articles consultés, et une manifestation d’intérêt ne vaut pas une offre ferme.
Pourquoi cette marque compte-t-elle dans la mode féminine ?
Devernois a été fondée en 1927 par Claudius Devernois et s’apprêtait à fêter ses cent ans l’an prochain. Le Progrès rappelle que ses origines se trouvent dans le prêt-à-porter masculin, avant que le groupe ne se spécialise dans la confection de vêtements féminins en maille.
Toujours dirigée par la famille, à travers Séverine Brun, petite-fille du fondateur, et son mari Thierry Brun, la maison fabrique une partie de ses vêtements en interne. Le reste est sous-traité en France et en Europe centrale. Ce positionnement la place sur le moyen et le haut de gamme, loin des prix cassés.
« En Devernois je suis moi » : ce slogan, rappelé par Le Dauphiné, a marqué une génération. La marque cible majoritairement les clientes de cinquante ans et plus, et revendique une mode durable, à l’opposé de la fast-fashion.
Que disent les chiffres de l’entreprise ?
Le recul est net. Devernois prévoit cette année un chiffre d’affaires de 19 millions d’euros, contre 25 millions deux ans auparavant. Internet ne pèse que 9 % de ses ventes, une part faible pour une enseigne qui dépend donc largement de la fréquentation de ses boutiques.
L’entreprise est cotée, mais environ 20 % seulement du capital est dans le public. Le reste appartient à la descendante de Claudius Devernois : c’est donc bien une affaire de famille qui se dénoue devant le tribunal.
Un cas isolé dans l’habillement français ?
Non. Le Figaro ouvre sa dépêche par ces deux mots : « Encore une. » Quelques semaines plus tôt, fin septembre, le chausseur André était lui aussi placé en liquidation judiciaire après 130 ans d’existence.
La pression vient aussi d’en bas de gamme. Selon une étude de l’Institut français de la mode rapportée par Le Parisien, Shein, Temu et AliExpress ont capté 29 % des achats d’habillement en ligne en volume sur les sept premiers mois de 2026, contre 19 % un an plus tôt.
Il serait toutefois hasardeux d’attribuer la chute de Devernois à ces seules plateformes. Sa clientèle n’est pas celle de l’ultra fast fashion, et l’entreprise était en plan de redressement depuis 2022, bien avant cette poussée. Ses comptes détaillés n’ont pas été rendus publics dans les articles consultés.
Que peuvent faire les clientes aujourd’hui ?
L’activité se poursuivant pendant trois mois, aucune fermeture générale n’est évoquée à ce stade dans les articles consultés. Avant de se déplacer, le plus simple reste de vérifier directement auprès de la boutique habituelle ses horaires et son fonctionnement.
Pour celles qui détiennent un avoir ou une carte cadeau, mieux vaut demander en magasin comment il est traité pendant la procédure, sans attendre la fin de la période. Sur ce point, aucune consigne de l’entreprise n’a été rendue publique dans les sources que nous avons lues.
Quelle sera la prochaine échéance ?
Le mois de décembre sera décisif, avec la date limite de dépôt des offres. Une reprise pourrait porter sur tout ou partie des boutiques : rien n’est connu à ce jour sur le périmètre envisagé. La question qui reste ouverte est simple : un acquéreur verra-t-il assez de valeur dans le savoir-faire de la maille et dans la fidélité de cette clientèle pour relancer la marque avant son centième anniversaire ?
