
Le jean, le tee-shirt blanc et le trench vont avoir leur exposition au Metropolitan Museum of Art. Le musée new-yorkais a dévoilé cette semaine le thème de l’exposition de printemps 2027 de son Costume Institute, et donc du Met Gala qui l’inaugure. Elle s’appelle « extraORDINARY: Fashion and the Poetics of the Everyday » et parle des vêtements que l’on porte tous les jours, revus par les créateurs.
Le choix surprend, parce qu’il arrive après plusieurs mois agités. Le Met devait d’abord consacrer 2027 à John Galliano, avant de renoncer.
Un thème né de l’annulation de l’exposition Galliano
Selon FashionUnited, le Met avait annoncé en juillet « John Galliano: Horizons », la première rétrospective entièrement consacrée au créateur. Elle était prévue aux mêmes dates. Le projet a été annulé fin août après une forte polémique, liée aux propos antisémites, racistes et anti-asiatiques tenus par le couturier par le passé. Galliano a déclaré qu’il assumait « l’entière responsabilité » de la douleur causée par ses paroles.
Il fallait donc trouver un autre sujet en quelques semaines. Andrew Bolton, conservateur en chef du Costume Institute, le reconnaît sans détour dans Vogue France : « Je n’avais pas de plan B. » Il dit avoir voulu une exposition « tout aussi audacieuse, provocante et esthétique » que celle prévue pour Galliano, et non une solution de repli.
Le quotidien comme matière première
Le point de départ, explique-t-il, vient de « Costume Art », l’exposition qui vient de fermer et qui plaçait le corps vêtu au cœur du parcours. Elle l’a amené à réfléchir à la façon dont on vit nos vêtements au quotidien, par l’habitude, le toucher et le mouvement. D’après FashionUnited, l’exposition doit montrer comment les créateurs transforment des vêtements, des matériaux et des objets familiers pour qu’on les regarde autrement.
Andrew Bolton travaille avec Stephanie Kramer et Emily Mushaben. La scénographie est confiée au studio londonien 1009. Le Met Gala aura lieu le 3 mai 2027 et l’exposition ouvrira au public le 9 mai, jusqu’au 9 janvier 2028.
Jean, chemise blanche et trench au musée
Vogue France détaille déjà une partie du parcours. L’entrée accueillera des pièces du défilé automne 2024 d’Undercover, la marque du Japonais Jun Takahashi. Cette collection s’inspirait de Perfect Days, le film de Wim Wenders sur la beauté des gestes ordinaires. Le parcours se terminera avec Anrealage, autre marque japonaise, dont les parkas de pluie et les trenchs aux proportions inattendues deviennent presque des objets d’art.
« Familiar Forms » : les basiques réinventés
Une salle baptisée « Familiar Forms » réunira des pièces que tout le monde reconnaît. On y verra les tee-shirts Off-White de Virgil Abloh, les chemises blanches spectaculaires de Gianfranco Ferré et les trenchs de Jonathan Anderson pour Loewe. Il y aura aussi ceux des différents créateurs passés chez Burberry et les robes-doudounes de Pierpaolo Piccioli pour Moncler. Le blouson de motard de Junya Watanabe, issu de l’automne-hiver 2011-2012, est également annoncé.
Une pièce résume bien l’idée : un jean et un débardeur qui ne sont ni en denim ni en coton, mais en cuir. Ils viennent de la première collection de Matthieu Blazy pour Bottega Veneta, l’automne-hiver 2022-2023. De loin, c’est une tenue de week-end. De près, c’est un travail de maroquinier.
« Common Matter » : papier, porcelaine et cuillères
La deuxième grande section parle des matériaux jetables et des objets trouvés transformés en vêtements. Margiela y tient une place importante, avec un ensemble en éclats de porcelaine et un bustier en argenterie de la collection printemps-été 2027. Comme des Garçons y présente une robe en papier de 1992, et la créatrice suédoise Ellen Hodakova Larsson une robe faite de cuillères qui tintent.
« Une robe en papier peut exiger autant de savoir-faire et de travail qu’une robe en soie », dit Andrew Bolton. Pour lui, la réutilisation et la reconstruction sont le fil rouge de l’exposition, qui pose une question simple : qu’est-ce que nous jetons, et qu’est-ce qui vaut la peine d’être gardé ?
Ce que ce thème dit de la mode actuelle
Le sujet colle à ce qu’on voit depuis plusieurs saisons sur les podiums : des vêtements vrais, que l’on peut porter, avec une personnalité qui passe par la façon de les assortir plutôt que par l’excès. Vogue France rapporte une phrase du conservateur qui va dans ce sens : « Les gestes empreints de discrétion portent bien plus de sens que les gestes ostentatoires. »
Pour le tapis rouge, la question est déjà posée. Les invitées viendront-elles en jean revisité, en chemise blanche sculpturale ou en robe de matières récupérées ? Le dress code officiel du gala n’est pas encore connu. Andrew Bolton aime en revanche l’idée que les visiteurs de l’exposition viennent avec leur tee-shirt préféré, leur jean fétiche ou leur sweat à capuche.
L’exposition est parrainée par Instagram, avec un financement important de Moncler et le soutien de Condé Nast et de Jordan Roth, toujours selon Vogue France.
Et dans notre penderie ?
Ce thème parle à tout le monde, parce que chacune a déjà dans son armoire un jean qu’elle garde depuis des années ou une chemise blanche qu’elle ressort à chaque saison. Il rappelle que la qualité d’une pièce se joue dans la coupe, la matière et le soin qu’on y met, pas forcément dans son prix.
Pour s’en inspirer sans attendre mai 2027, on peut regarder autrement ses basiques. Une chemise blanche portée ouverte sur un débardeur, un trench serré à la taille sur un jean droit, un tee-shirt de qualité sous une veste structurée : c’est cette mode-là que le Met s’apprête à célébrer.
